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Certains salariés sont-ils vraiment payés "en dessous du Smic" comme l'a déclaré Emmanuel Macron?

Le chef de l'Etat a appelé les partenaires à revaloriser les minima de branche en affirmant que de nombreux salariés étaient "payés sous le Smic". Ce qui est légalement impossible.

"Le travail ne paie pas assez." Lors de son interview, Emmanuel Macron a promis un certain nombre de mesures dans les semaines à venir pour le pouvoir d'achat. Outre une disposition qui pourrait encadrer les rachats d'actions par les entreprises qui réalisent d'importants profits, le chef de l'Etat a rappelé que l'accord conclu par les partenaires sociaux sur le partage de la valeur (intéressement et participation dans les entreprises dès 11 salariés) serait intégré dans la future loi "plein-emploi" prochainement présentée par le ministre du Travail.

Emmanuel Macron a de plus rappelé que le Smic avait fortement augmenté depuis le début de la crise énergétique avec une hausse du salaire minimum de près de 10% depuis septembre 2021. Des hausses automatiques cependant, sans coup de pouce du gouvernement.

Mais le président dit vouloir aller plus loin.

"Je souhaite qu'on engage avec les partenaires sociaux une concertation [...] parce que vous avez des tas de branche qui en fait continuent à payer les gens en dessous du Smic légal, a-t-il déclaré. Allons travailler pour trouver une réponse dans tous ces métiers qui sont insuffisamment payés, qui sont souvent les métiers des premières et deuxièmes lignes dont on a eu besoin dans la période Covid."

Avec les hausses successives du Smic, le salaire minimum est en effet passé de 10,25 euros brut de l'heure en septembre 2021 à 11,27 euros le 1er janvier de cette année. Il s'agit là d'un minimum légal. Les entreprises appliquent les grilles salariales de leur branche négociées avec les partenaires sociaux. Or avec les hausses successives du Smic (cinq ces 18 derniers mois), certaines branches ont des minima en dessous du salaire minimum légal. En ce mois de mars 2023, ce sont ainsi 86 branches sur les 171 plus importantes que compte le pays qui ont des salaires inférieurs au Smic contre 136 au 1er janvier dernier, selon les données du ministère du Travail.

Le risque du "piège à Smic"

Est-ce pour autant que les entreprises qui dépendent de ces branches "continuent à payer les gens en dessous du Smic légal" comme l'a déclaré le chef de l'Etat?

Ce n'est pas le cas. Le Smic a valeur légale et s'impose donc à tout employeur même si la convention collective de la branche propose des salaires minima inférieurs. Les entreprises ne paient pas leurs salariés sous le Smic.

A quoi bon alors rehausser ces minima de branche si le Smic protège les bas salaires? Le risque c'est le "piège à Smic".

"On est un des pays où le salaire minimum est un des plus élevés en Europe, mais le salaire médian est un l'un des plus proches du salaire minimum en Europe, a affirmé Emmanuel Macron. Ce qui fait que les carrières sont écrasées dans notre pays et c'est un peu désespérant pour certains de nos compatriotes."

Concrètement, si les branches ne renégocient pas leur grille, un certain nombre d'échelons peuvent se retrouver sous le niveau légal du Smic. En 2022, le secteur industriel de la volaille par exemple avait 12 coefficients sous le Smic. Il fallait donc franchir ces différents échelons de carrière pour espérer dépasser le Smic.

Le gouvernement presse ainsi régulièrement les partenaires sociaux à renégocier leurs accords salariaux de branche pour permettre les évolutions de carrière.

Certains syndicats comme la CGT réclament depuis plusieurs années qu'une loi rende automatique les revalorisations des minima de branches à chaque hausse du Smic.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco